jeudi 28 juillet 2016

Les pionniers de l'animation japonaise moderne : Tôei Animation, l’âge d’or des films d’animation



A la fin des années cinquante, Tôei Animation se donne pour objectif de devenir "le Disney de l'Orient" en réalisant des films d'animations de grande qualité. Plusieurs jeunes animateurs de l'époque comme Rintarô, Hayao Miyazaki ou encore Isao Takahata font ainsi leur première expérience dans l'animation en participant ou en réalisant des long-métrages qui deviendront mythiques au fil des années...

En 1956, le studio d’animation de Tôei Dôga - le nom "Tôei" provient de la contraction de "kyô Eiga Haikyu" : Tôkyô Film Distribution Company qui est le nom initial de l'entreprise - a l’ambition de devenir le « Disney de l’Orient ». Pour cela, il rachète le studio Nichidô Eiga-sha (anciennement Nippon Dôgasha (1), fondé en 1945), les fondateurs du studio sont Taiji Yabushita (2) et Sadao Tsukioka (3) tandis que le rôle de Président Directeur Général (shashô) sera assuré par Hiroshi Ôkawa. Tôei Animation sort une série de longs-métrages, adaptés de préférence de grands classiques, et en rassemblant pour ce faire les talents les plus imaginatifs de l’époque. Avec ces réalisations, ils créent le modèle du "manga eiga" qui sera repris plus tard par d'autres studios, notamment le studio Ghibli.
 
Le graffiti du chaton.
La première réalisation du studio sort le 13 mai 1957 et c'est un court métrage de 13 minutes nommé Ko neko no rakugaki (Le Graffiti du chaton). On retrouve dans l’équipe de réalisation Yasuji Mori (4) qui cumule la fonction de directeur technique et d'animateur clé, et Yasuo Ôtsuka (5) qui débute sur cette œuvre. Ce premier essai sera suivis le 9 avril 1959 de Ko neko no studio, un second court métrage réalisé à nouveau par Yasuji Mori.

Le 22 octobre 1958 le studio d’animation sort le premier long métrage en couleur de l’archipel avec Hakuja-den (La légende du serpent blanc), d'une durée de 78 minutes. Ce film réalisé par Taiji Yabushita est d'une telle ampleur que Tôei Animation doit engager une masse de main d’œuvre pour en venir à bout; parmi ces nouveaux arrivants, on trouve d'ailleurs un certain Rintarô (6). Le film totalise plus de 50 000 dessins et le budget est très largement dépassé mais le résultat est à la hauteur des moyens engagés dans sa production, qui se révèle aussi extrêmement formatrice pour les animateurs de Tôei Animation. Le long métrage remportera le prix Mainichi en 1959 (7).


Les employés de Tôei Animation pendant la production de
Hakuja-Den - La légende du serpent blanc.

L’histoire se déroule dans la Chine ancienne. Un jour, un petit garçon du nom de Xu Xian achète au marché un petit serpent blanc. Mais ses parents ne voulant pas le garder, il doit se résigner à le relâcher. Quelques années plus tard, l'enfant est devenu un jeune homme, tandis que le reptile refait son apparition sous la forme d'une élégante princesse du nom de Bai Niang. Cette dernière va se mettre à la recherche de son ancien propriétaire, ils tombent amoureux l'un de l'autre, et ensemble ils affronteront de nombreuses épreuves dont un puissant bonze chasseur de fantômes. Durant leurs aventures, ils sont aidés par un petit panda doté d’une incroyable force et d'un chat intrépide, ainsi que d'une bande de petits animaux patibulaires qui soutiennent leur cause.

Affiche de La Légende du Serpent Blanc - Hakuja-Den.

Affiche Américaine de
 Sarutobi Sasuke, le jeune ninja.
Les studios Tôei Animation sortent ensuite le 25 décembre 1959 sur grand écran Shônen Sarutobi Sasuke (Sarutobi Sasuke, le jeune ninja), d'une durée de 83 minutes et réalisé par Taiji Yabushita et Akira Daikuhara (8). Le petit Sasuke, fils rebelle d'un grand ninja au code de conduite rigide, apprend d’un sage le secret des techniques de combat qui pourront l'aider à libérer la population soumise au joug du Seigneur de Feu...

Un an plus tard, le 14 août 1960, est distribué dans les salles Saiyûki (9) (Voyage en Occident), d'une durée de 88 minutes, et dirigé par Osamu Tezuka, Taiji Yabushita & Daisaku Shirakawa (10). Comme son nom l'indique, il est inspiré de la très célèbre légende du voyage du moine Genjô Sanzô en Inde afin de retrouver la source des enseignements du Boudha; il sera accompagné dans ses pérégrinations par trois compagnons, eux-même des monstres qui ont fait voeu de lui prêter assistance pour rapporter en terre sacrée les Sutra, les fameux rouleaux qui détiennent des textes sacrés Bouddhistes : le singe Son Goku, Cho Hakkai le cochon et le démon Sa Gojô...


Affiche de Saiyuki -
Voyage en Occident.
Le 19 juillet 1961 sort Anju to Zushiomaru (Anju et Zushiomaru), nouveau film d'une durée de 83 minutes. Le long-métrage est réalisé par Taiji Yabushita et co-réalisé avec Yûgo Serikawa (11), et Isao Takahata y fait ses débuts comme assistant réalisateur. Le film est tiré de l’œuvre Sansho Davo de Mori Ogaï, spécialiste de l’ère Meiji de la fin du XIXéme siècle. Le roman avait déjà était adapté en film par le réalisateur Kenji Mizoguchi.
 
Au XIème siècle dans le Japon médiéval, Anju et Zushiomaru sont les enfants du gouverneur Putsu tombé en disgrâce pour avoir favorisé des paysans. Il est forcé à l'éxil, et sa femme et ses enfants décident de le rejoindre six ans après, mais seront capturés par des marchands d’esclaves en cours de route. Leur mère est vendue comme courtisane sur l’île de Sado tandis que les enfants sont envoyés vers la province de Tango. 10 ans après ils s’enfuient et vont essayer de délivrer leur mère.

Cette oeuvre sera ensuite renié par une grande partie de ses animateurs à cause de son message politique, très conservateur.

Anju to Zushiomaru.

Suivent deux courts-métrages avec d'abord en octobre 1961 Nezumi no yomeiri (Le mariage de la souris), d'une durée de 13 minutes animé par Yasuji Mori, on note aussi la participation de Rintarô. Puis le 19 juillet 1962 suit Mogura no Motoro (Motoro la taupe), d’une durée de 15 minutes.

Le Mariage de la Souris.
Arabian night Sindbad no bôken (les milles et une nuit - les aventures de Sinbad) (81 minutes) est diffusé dans les salles obscures nippones le 25 août 1962, et réalisé par Taiji Yabushita et Yoshio Kuroda (12). Il s’agit de la transposition animée des aventures du célèbre marin Sinbad traversant les mers du sud. Rappelons quand même au passage qu'à l'origine Sinbad ne fait pas partie des Contes des Mille et une Nuits mais qu'il s'agit d'un amalgame des premières traductions occidentales ! Cette oeuvre est également co-signé par Osamu Tezuka.


Affiche de Arabian night Sindbad no bôken
les milles et une nuit - les aventures de Sinbad.

Wankapu ôji no orochitaiji (le prince garnement et la grande Hydre) sort le 24 mars 1963 et dure 85 minutes. Réalisé par Yugo Serizawa, un important réalisateur des années soixante & soixante dix, avec Isao Takahata qu'on retrouve assistant réalisateur.

Affiche de Wankapû ôji no orochitaiji
Le prince garnement et la grande hydre.
Ce long-métrage est surtout une première dans l’animation Japonaise, il voit en effet la création d'un poste qui deviendra particulièrement important dans l'industrie au Japon, il s’agit du directeur de l’animation : Son rôle consiste à superviser les plans du film pour que les dessins des personnages soient cohérents d’une scène à l’autre. Yasuji Mori est donc le premier animateur à être crédité en tant que directeur de l'animation - les années suivantes, il sera remplacé par Yôichi Kotabe (13) qui pour l'instant débute en tant d'assistant animateur auprès de Yasuji Mori sur ce film; ses suggestions sont à l'origine de la création du cheval blanc du héros.

Inspiré des mythes fondateurs de l'Archipel Nippon, l'histoire du film raconte comme à la mort de sa mère Izanami, le valeureux Susano entreprend un long et dangereux voyage qui le fera affronter le terrifiant serpent à huit têtes Yamata no Orochi.

Cette oeuvre reste une des plus grandes réussites des films de Tôei Animation et remporte le prix Mainichi la même année que sa diffusion en salle.

Affiche Américaine de Wankapû ôji no orochitaiji
Le prince garnement et la grande hydre. Distribué aux Etats-Unis par Columbia Pictures
Wan Wan chushingura (Le trésor des joyeux serviteurs canins) - le 21 Décembre 1963 - de Daisaiku Shirakawa, d'une durée de 81 minutes. Troisième collaboration (et dernière) d'Osamu Tezuka (14). Insatisfait de son travail dû aux limitations qui lui sont imposées, l'auteur décide de quitter le studio d'animation, . L'histoire est l'adaptation des 47 Ronins version cannine ... Il s’agit aussi de la première œuvre où Hayao Miyazaki travaille comme intervalliste juste quelques mois après son embauche au sein de Tôei Animation.

Wan Wan chushingura
Le trésor des joyeux serviteurs canins

1964, le studio change de Président Directeur Général, Kishirô Yamazaki remplace Hiroshi Ôkawa, qui devient « président honoraire » (Kaichô).

Affiche Gulliver no uchû ryôkô
les voyages spatiaux de Gulliver.

Une grève éclate quelques mois plus tard et entraine un blocage général de l’entreprise. La raison principal du mouvement est le sous paiement des animateurs travaillant sur des grosses productions, et un jeune homme du nom de Hayao Miyazaki prend en particulier la tête des grévistes avant de devenir le secrétaire générale des travailleurs avec Isao Takahata qui devient vice-président du syndicat. C’est à cette époque que Hayao Miyazaki rencontre sa future épouse Akemi Ôta.

Gulliver no uchû ryôkô (les voyages spatiaux de Gulliver) arrive dans les salles obscures le 20 mars 1965. D'une durée de 80 minutes et réalisé par Yoshio Kuroda, on y retrouve Hayao Miyazaki en tant qu’animateur. Inspiré des histoires de Sir Jonathan Swift racontant les voyages de Lemuel Gulliver qui rencontrera le peuple minuscule des Liliputiens, celui des géants Brobdingnag, et le peuple d’êtres chevalins mais intelligents, les Houyhnhnm, qui vivent dans la cité volante de Laputa.


Cyborg 009 adapté le 21 juillet 1966 au cinéma. Ce manga  signé Shôtarô Ishinomori, ancien disciple d'Osamu Tezuka  du temps de Tokiwasô et auteur des célèbres licences de Tokusatsu Kamen Rider et de Kikaider 01.

Dans le but de conquérir la planète Terre, l'organisation mafieuse Black Ghost enlève neuf humains afin de les transformer en être cybernétique dévolus à leurs desseins machiavélique. Chaque membre vient d'un pays différent, et chacun est doté d'un pouvoir particulier... Mais les neuf individus se rebellent contre leur créateur et vouent alors leur destinée à détruire toutes les créations diaboliques de Black Ghost.

Pour l'anecdote, ce long-métrage est découpé en plusieurs segment en France entre le 26 avril 1967 et le 7 février 1967 dans les actualités Éclair- Le Journal des Actualités Pathé.

Affiche du premier long-métrage de Cyborg 009.

Affiche de Shônen Jack to mahô-tsukai
Jack et la sorcière
Le 19 mars 1967 sort Shônen Jack to mahô-tsukai (Jack et la sorcière), d'une durée 100 minutes, de Taiji Yabushita. Jack est un enfant rejeté. Un jour alors qu’il passe devant un bois, il rencontre une mystérieuse petite fille du nom de Kiki, qui pilote une sorte d’hélicoptère. Jack l’accompagnera dans le château du diable. Arrivé là-bas, il découvre une machine construite par un esprit maléfique. La petite fille se transforme alors en sorcière, et Jack essaie de s’échapper mais son ami Chuko est victime de la machine infernale...

Un deuxième long-métrage de Cyborg 009 apparaît sur grand écran le même jour, sous le titre Cyborg 009 kaiju senso (La Guerre des Monstre), d’une durée de 60 minutes.

Hyokkori hyôtan-jima (Les mille et une aventures de l'île calebasse) sort dans les salles obscures le 21 septembre, pour une durée de 61 minutes. Le metteur en scène sera Taiji Yabushita, adaptation du feuilleton télévisé de marionnettes écrit par Hisashi Inoue (15) diffusé entre 1964-1969, véritable phénomène chez les enfants au Japon.

À cause d'une éruption volcanique, une île se détache du Cap Hyotan; hélas pour eux, un professeur et ses cinq enfants habitent malheureusement sur ce bout de terre, et suite à cette catastrophe naturelle ils seront confrontés à des pirates, à des chasseurs de prime volant et d’autres personnages extravagants...

Affiche Américaine de Andersen monogatari
  Les contes d’Andersen

Le 19 mars 1968 sort Andersen monogatari (Les contes d’Andersen) de Kimio Yabuki (16) qui reçoit pour ce long-métrage le prix de l'éducation de la jeunesse. D’une durée de 80 minutes, ce long métrage raconte l’histoire du jeune Hans Christian Andersen, un garçon doté d’une grande fantaisie. Il rend visite au seigneur de Sogni, qui l’emmènera faire un voyage en calèche à travers un monde onirique. Suite à un accident, ils rencontreront une pauvre fillette qui vend des allumettes. Cette dernière rencontre l'inspirera une fois adulte pour un de ses plus célèbres contes...

Le 21 juillet de la même année sort un autre long métrage, Taiyô no ôji Horus no daibôken (Horus prince du soleil) d’une durée de 82 minutes. Réalisé par Isao Takahata et supervisée par Yasuo Ôtsuka, le personnage d’Hilda sera dessiné par Yasuji Mori. L’histoire du premier long métrage de d'Isao Takahata est inspirée d’une pièce de théâtre marionnette de Kazuo Fukazawa, basé sur des légendes et le folklore Aïnou.



L’intrigue se déroule dans les temps anciens, alors que les hommes du Nord vivent encore sous le joug de créatures maléfiques. Le jeune Horus mène une existence calme en compagnie de son père et de son compagnon de jeu Koro, un ourson, jusqu’au jour où il est attaqué par une horde de loups sauvages. Horus est secouru par le géant de pierre du nom de Moog, et en aidant à son tour le colosse, le jeune homme se voit confier une épée qui fera de lui, lorsqu'il sera en mesure de l'utiliser, le prince du Soleil. Il devra s’en servir contre le démon Grunwald ...

Cette oeuvre est un échec au box-office au Japon. Yasuo Ôtsuka décide de quitter de Tôei Animation à cause de l’ambiance tendue pendant la réalisation de ce long-métrage pour rejoindre « A Production » studio associé avec « Tôkyô Movie ».

Affiche de Taiyô no ôji Horus no daibôken
Horus Prince du soleil.

En mars 1969, le premier Tôei Manga Matsuri (festival du manga) a lieu. Le studio sort deux fois par an, le printemps et l’été, des moyens-métrages sur des séries ayant eu du succès à la télévision au cours de l’année; les films ont toujours a peu prêt la même durée soit 30 à 45 minutes par film, pour une seule séance de cinéma on visionne quatre à cinq films différents à la suite.

Tôei Animation décide aussi de changer d’orientation pour ses films d’animation, c’est alors qu’ils proposent dans le cadre du « manga eiga » des films au style très « Disneyen ».

Affiche de Nagagutsu wo haita neko
le chat botté.

Nagagutsu wo haita neko (le chat botté) sorti le 18 mars 1969, est réalisé par Kimio Yabuki; Yasuji Mori qui sera à l’origine du design du chat « Pero ». On retrouve dans l'équipe technique du film Yasuo Ôtsuka, Hayao Miyazaki quant à lui sera promu animateur clé, et il travaille avec sa femme Akemi Ôta sur ce long métrage.

Au vu du succès du film, qui devient un classique au fur et à mesure des années, le chat Pero incarne l’emblème du studio d’animation de
Tôei Animation - le nom de l'héroique félin provenant de celui de Charles Perrault, dont le conte sert de base dans ce long métrage où l’humour est prédominant. Le chat Pero banni par les siens pour avoir sauvé une souris se retrouve poursuivi par trois ninjas. Il trouvera refuge chez un jeune paysan du nom de Pierre, qui est persécuté par ses deux frères aînés. Le jeune homme décide donc alors de partir avec Pero pour des aventures mouvementées..
Logo du studio Tôei Animation avec comme mascotte Pero.






Le 20
Affiche de Sora tobu yûreisen
Le vaisseau fantôme volant
juillet de la même année sort dans les salles obscures Sora tobu yûreisen (Le vaisseau fantôme volant) tiré d'un manga de Shôtarô Ishinomori et réalisé par Hiroshi Ikeda (Ôkami shônen Ken, il réalise également certains épisodes sur Mahô-Tsukai Sally - Sally, la petite sorcière). Toujours en compagnie de sa femme Akemi Ôta, Hayao Miyazaki est ici animateur, il anime d'ailleurs la scène de destruction de Tôkyô par le robot.


Un jeune garçon, Hayato, perd ses parents suite aux attaques d’un mystérieux navire fantôme qui détruit les pétroliers et autres navires mais aussi d'un robot en forme de golem qui s’attaque aux villes. Le jeune garçon accompagné de son chien fera la connaissance d’une jeune fille et ils seront aidés par un mystérieux capitaine masqué à l'aide d’un crâne humain; avec son trois mat flottant dans les airs, il aidera l’enfant à combattre contre une organisation secrète...






Affiche de Chibikko Remi to meiken kapi
Le môme Remi et son fidèle chien Kapi
Le 13 mars 1970 sort sur les écrans Nippons Chibikko Remi to meiken kapi (Le môme Remi et son fidèle chien Kapi), 81 minutes, de Yugo Serikawa. Première adaptation animée de l’œuvre d’Hector Mallot, autre que la série télévisée du studio TMS.

Rémi, enfant adopté par les Barberins, sera vendu par son père adoptif à Vitalis artiste itinérant parcourant la France avec sa bande d’animaux. Il retrouve sa mère qu’il croyait morte...

Kaitei 3-man miles (3000 lieues sous les mers), film réalisé par Takeshi Tamiya (réalisateur de Ôkami shônen Ken, producteur de Lodoss To Senki - Les chroniques de la guerre de Lodoss) sort le 19 juillet, dure 60 minutes et propose une nouvelle adaptation d'un manga de Shôtarô Ishinomori.

Le jeune Isamu et son fidèle guépard Cheetah se sont embarqués dans le vaisseau submersible qu’a construit son père pour explorer les fonds marins. Il fera connaissance de la belle princesse Angela, qui est l’héritière d'un empire sous-marin. Isamu devra la défendre du perfide Magma 7.

Affiche de Kaitei 3-man miles - 3000 lieues sous les mers.
Affiche de Dobutsu Takarajima
les Joyeux Pirates de l'île au trésor.


Sort ensuite le 20 mars 1971 Dobutsu Takarajima (les Joyeux Pirates de l'île au trésor). Ce film d’une durée de 78 minutes sera pour certains le dernier grand long métrage de l’âge d’or de Tôei Animation. Il est réalisé par Hiroshi Ikeda, tandis que les musique sont composées par Naozumi Yamamoto (La Marque du Tueur de Seijun Suzuki); Hayao Miyazaki est quand à lui animateur. Ce long-metrage reprend la trame du roman de Robert Louis Stevenson en l’adaptant librement.

Le jeune Jim trouve la carte du capitaine Flint qui mène à l’île au trésor. Il décide alors de quitter son auberge pour partir à l’aventure avec ses amis dans une embarcation de fortune, mais sur sa route il fera la connaissance de la ravissante Cathy et du terrifiant pirate Long John Silver qui veut à tout prix posséder le merveilleux trésor de Flint … Cette œuvre est ponctuée de chansons, lui donnant un aspect de comédie musicale.


Le 18 juillet de la même année sort Ali Baba to yonjuppiki no tozoku (Ali Baba et les 40 voleurs), d'une durée de 55 minutes. Hayao Miyazaki participe à l’animation. L’histoire reprend le célèbre conte des Milles et une Nuit.

Affiche de Ali Baba to yonjuppiki no tozoku
Ali Baba et les 40 voleurs

Un acteur majeur de l’entreprise décède le 17 aoùt : Hiroshi Ôkawa, l’homme qui voulait concurrencer les studios Walt Disney en Asie en réalisant des longs-métrages de qualité. Après cette épreuve la société change peu à peu l’orientation du studio d’animation. Jusqu’au début des années 70 Tôei Animation sort plus de 19 films; un véritable défi, mais malheureusement, des grands noms du studio partent comme Isao Takahata, Hayao Miyazaki, Yôchi Kotabe pour rejoindre Yasuo Ôtsuka et « A Production » pour cause de désaccord avec la nouvelle politique de mettre en priorité la production animé à la télévision plutôt que les longs-métrages d’animation de qualité.

Hiroshi Ôkawa, président de Tôei Animation.

Nagagutsu sanjûshi.

En 1972, le 18 avril sort sur les écrans Nagagutsu sanjûshi. Il s’agit du deuxiéme long-métrage de 53 minutes qui met en vedette l’emblème du studio de Tôei Animation, je parle bien évidemment de Pero qui devient mousquetaire le temps d’un film.

Un nouveau film de Yugo Serikawa arrive sur les écrans le 17 mars 1973 avec Panda no daibôken, d'une durée de 50 minutes, ou l'on retrouve Yasuji Mori. On suit les péripéties d’un petit panda et de ses amis animaux.

Ce film sera le dernier de Yasuji Mori au sein de Tôei Animation. Il quitte le studio deux jours avant la sortie de ce long métrage, comme ses anciens compagnons ou élèves, Hayao Miyazaki, Isao Takahata ou encore Yasuo Ôtsuka. Comme eux il n'est pas d’accord avec la nouvelle politique du studio, de plus en plus commerciale, et il rejoint le studio Zuiyô (17).

Panda no daibôken
Les aventures de Panda

Affiche de
le tour du monde
du chat botté en 80 jours.
Le chat botté revient dans un troisième film Nagagutsu wo haita neko 80 nichikan sekai isshu (le tour du monde du chat botté en 80 jours) le 20 mars 1976. Adapté d’après l’œuvre de Jules Verne, ce film fera une durée de 68 minutes : Suite à un pari, le chat Pero part faire le tour du monde en compagnie de son ami, mais ils seront suivis par les trois chats ninjas...

A ce stade la plupart des figures emblématiques de l'âge d'or des films de Tôei Dôga sont partis, cette époque où Tôei Animation veut devenir "le Disney de l'Orient" jette ses derniers feux avant de s'éteindre naturellement... Le studio connait toutefois une dernière résurgence quelques années plus tard en 1979 avec Tatsu no ko taro (Taro l'enfant-dragon). Dans l'espoir de relancer la machine, Tôei Animation va jusqu'à inviter Yôichi Kotabe & Isao Takahata (le film est basé sur une ancienne idée qu'il avait suggéré plusieurs années auparavant) à participer au projet - mais en vain dans le cas de ce dernier, déjà pris par d'autres engagements. Le film est finalement réalisé par Kirio Urayama, et la direction artistique est assurée par Isamu Dota.

Affiche de Tatsu no ko taro - Taro l'enfant-dragon.


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(1) Nippon Dôgasha, studio fondé en 1945 par trois grands nom de l’animation d’avant-guerre : Yamamoto « Sanae » Zenjirô, Masaoka Kenzô & Murata Yasuji.

(2) Taiji Yabushita, grand réalisateur de « l’âge d’or de Tôei » et cô-fondateur du studio avec Sadao Tsukioka. Il participe à la plupart des grands films de l’âge d’or, et travaille également sur des séries télévisées comme Ôkami shônen Ken, Uchû patron Hopper

(3) Sadao Tsukioka est cô-fondateur du studio Tôei Animation avec Taiji Yabushita, il participe à certains films de l’âge d’or avant de partir chez Mushi Production.

(4) Yasuji Mori est l’un des initiateurs de l’âge d’or des studios Tôei Animation; il commence sa carrière en 1948 au sein de Nippon Dôgasha à l’âge de 23 ans sur Tora-chan to hanayome. Il est le maître de nombreux réalisateurs / animateurs reconnus aujourd’hui comme Hayao Miyazaki, Isao Takahata ou encore Yasuo Ôtsuka.

(5) Yasuo Ôtsuka travaille pour Tôei Animation qu’il quitte en 1968 pour A production, bientôt rejoint par ses deux amis Isao Takahata et Hayao Miyazaki pour produire notamment les court métrages Panda Ko panda, ensuite il participe aux séries et films de TMS dont Lupin III : Cagliostro no Shiro - Lupin III : Le Chateau de Cagliostro. Il est l'un des fondateurs d’un studio rattaché à Tôkyô Movie Shinsha : Telecom Animation. Dans les années 80, il se met en retrait du monde de l’animation, préférant former les jeunes animateurs

(6) Rintarô est l'un des vétérans de l’animation japonaise. Après Hakuja-den il rentre chez Mushi Production, studio d’Osamu Tezuka, où il travaille sur des courts métrages et des séries télévisées. Après la faillite de Mushi Production il devient freelance en 1971, et réalise de nombreuses séries et films chez Tôei Animation. Dans les années 90 il travaille essentiellement avec le studio Madhouse, pour lequel il réalise de nombreux films dont Metropolis ou encore la nouvelle série d’OVA d’Herlock (Albator, le corsaire de l'espace) : Space pirate captain Herlock - The Endless Odyssey.

(7) Les Prix du film Mainichi sont des prix décernés par le quotidien Mainichi Shimbun (Journal de tous les jours), en coopération avec le journal sportif Sports Nippon Newspaper.

(8) Akira Daikuhara, grand animateur du studio Tôei Animation, participera aux nombreuses productions de l’âge d’or du studio

(9) Pour plus d’information voir Partie dossier Mushi Production.

(10) Daisaku Shirakawa, réalisateur avec Kimino Yabuki de Shônen ninja kaze no Fujimaru tiré d’un manga de Shitarô Sanpei.

(11) Yûgo Serikawa est un réalisateur ayant travaillé principalement pour Tôei Animation; il participe à de nombreuse série télévisé dont la première du studio Ôkami shônen Ken mais également à Calimero en 1972 sans oublier Mazinger Z, Jetter Mars.

(12) Yoshio Kuroda commence sa carrière chez Tôei Animation en participant à des films et séries télévisée dont Ôkami shônen Ken. En 1974, il rentre chez le studio Zuiyô qui deviendra un peu plus tard Nippon Animation, où il travaille sur les premières World Master Theater (Sekai meisaku gekijo) comme Alps no shôjo Heidi (Heidi), Flanders no inu (Le Chien des Flandres) série dont il est réalisateur, puis il continue à participer sur énormément de Meisaku - World Master Theater.

(13) Yôichi Kotabe travaillera sur la plupart des Manga Eiga de Tôei Animation, puis il partira avec ses deux compagnons d’époque Hayao Miyazaki et Isao Takahata pour TMS où il participe sur Panda ko panda, et Nippon animation où il élabore les personnages de Alps no shôjô Heidi (Heidi). Actuellement il travaille souvent pour la compagnie de jeu-vidéo Nintendo, notamment sur Pokemon ou encore des titres comme Legend of Zelda, Super Mario World.

(14) Pour plus d’information voir Partie dossier Mushi Production

(15) Hisashi Inoue, scénariste sur les Moomins, (Tôkyô Movie / Mushi Production), Nagagutsu o haita neko (le chat botté) de Tôei Animation, il écrit les paroles pour la première série télévisé de Himitsu no Akko-chan (Caroline) mais il est également écrivain de pièce de théâtre célèbre comme Yabuhara Kengyo-, Ame (La pluie), Kesho- (Maquillages) mais surtout son plus grand succès Nihonjin no heso (Le nombril des Japonais).


(16) Kimio Yabuki sera un des nombreux réalisateurs de Ôkami shônen Ken; il participe à la série Ikkyû-san et réalisera The kabocha wine (Mes tendres années).

(17) Pour plus d’information voir Partie dossier le studio Zuiyo / Nippon Animation.

dimanche 24 juillet 2016

Keiko Takemiya : La révolution du Shôjo


Article co-écrit avec Ialdaboth (Bloggeur de Datenshisizer)

Keiko Takemiya fait partie des auteurs majeurs ayant révolutionné les codes du shôjo à l'aube des années 70. Les différentes oeuvres de cette artiste sont aujourd'hui des grands classiques du manga au Japon.

Chapitre : 

I - La révolution féminine en marche…
II - Les Prémisses du Shônen-Ai
III - Entretien pour la nouvelle adaptation de Terra-E… (2007)
IV - Retour sur Terre…
V - Le style de Keiko Takemiya
VI - Ses Oeuvres

Keiko Takemiya, née en 13 Février 1950, dans la préfecture de Tokushima sur l’île de Shikoku se trouvant au sud-ouest de Tôkyô. En 1965, inscrite au collège Jôtô, elle débute à l’âge de 17 ans avec son premier titre, Ringo no tsumi. Il  s'agira d’un one-shot pré-publié dans le Margaret comics, des d’éditions Shûeisha, elle remportera le prix du magazine au cours du mois de Janvier 1968. Cette même année, elle publie Kagikko no Shûdan qui lui permettra de remporter le prix du magazine COM, de la célèbre revue fondée par Osamu Tezuka. En Avril 1968, intégrant l'université de Tokushima, la jeune femme étudie au département de l'éducation et de l'enseignement. Keiko Takemiya deviendra membre d’un club d'art au sein du campus universitaire.


I - La révolution féminine en marche … 


Natsu e no tobira -
La porte de l'Été
En mai 1970, la mangaka quitte sa région natale et l’université pour Tôkyô. Un an après son installation dans la capitale, Keiko Takemiya publie un one-shot, Koko no Tsuno Yujo édité chez Shôgakukan.

Dans le milieu des années soixante-dix, la jeune femme rejoint le Oizumi salon dans le quartier de Nerima, puis fera la connaissance des autres membres du hana no 24-nen-gumi, littéralement « les fabuleuses nées en 24 de l'ère Showa » (soit l'année 1949 de notre calendrier). Ce nom sera donné plus tard par les fans et les critiques aux dessinatrices les plus influentes de l'époque. On retrouvera parmi elles  Riyôko Ikeda (Versailles no bara - Lady Oscar ; Onisama e - Très cher Frère..), Yumiko Oshima (Banana Bread no Pudding, Star of Cottonland), Ryoko Yamagishi (Arabesque, Hi Izuru tokoro no tenshi) et surtout la grande Moto Hagio (Barbara Ikai, Jû-ichi nin iru) qui, par l'ampleur de son œuvre et de son talent, peut être assimilée à la Osamu Tezuka du shôjo manga. L'origine de ce nom ? Le fait que ces jeunes auteurs sont pour la plupart nées aux alentours de 1949 (en fait seule Moto Hagio est née cette année).

Cette nouvelle vague d'auteurs fut l'équivalent de Tokiwa-sô [1] d’Osamu Tezuka et seront à l'origine un véritable « boom » dans l’industrie de la bande dessiné nippone féminine, jusqu'ici dominé par des auteurs masculins (Ribbon no Kishi - Princesse Saphir - d'Osamu Tezuka en est un exemple connu, mais le maître n'est pas le seul à avoir œuvré dans les magazines destinés à un lectorat féminin, Shôtarô Ishinomori ou Matsumoto Leiji furent aussi dans ce cas là). Elles vont créer un nouvel univers, supplanter les romances puériles qui faisaient jusque là l'essentiel du genre, et seront à l'origine des codes qui définissent encore aujourd'hui le shôjo manga.

II - Les Prémisses du Shônen-Ai.


Kaze to ki no uta -
Le Poème du vent et des arbres
Parmis les nouveaux concepts mis en place par ces auteurs [2], se développe avant tout le shônen-ai, c'est à dire l'intrigue romantique entre de jeunes protagonistes masculins et fortement teintée de mélodramatique [3]. L'intérêt d'utiliser des jeunes garçons ? Leur beauté androgyne les place à mi-chemin entre fille et garçon, leur permettant de jouer le rôle d'intermédiaire pour le lectorat féminin, tandis que le sexe masculin permet de les rendre socialement acceptables en tant que protagonistes actifs. Cette ambiguïté sexuelle permet aussi aux auteurs d'explorer les limites entre la part féminine et la part masculine qui se cachent en chaque être. Mais retour à notre histoire. 

Dans la foulée du Tôma no shinzô de Moto Hagio en 1974 [4], Takemiya Keiko va faire scandale deux ans plus tard avec ce qui reste encore aujourd'hui son œuvre la plus connue, Kaze to ki no uta (le poème du vent et des arbres), qui succède à Natsu e no tobira (un premier galot d'essai dans le genre), et qui durera jusqu’en 1984 dans les pages de Flowers Comics pour un total de 17 tomes. Œuvre emblématique du shônen-ai, c'est le premier shôjo manga commercial à montrer deux jeunes garçons ensemble dans le même lit...

L’intrigue se passe au XIXème siècle, plus exactement en 1880, le personnage principal par qui l'histoire nous est contée est le jeune Serge Batouille. Bien que son père appartienne à la haute société, le fait que sa mère soit une simple gitane et le teint plus que hâlé de sa peau l'a mit en butte depuis sa naissance à l'hostilité des garçons de son âge. Transféré dans un pensionnat pour garçons du Sud de la France, près de Arles, il y fera la connaissance de Gilbert Cocteau, un garçon à la beauté androgyne – ce qui le rend irrésistible auprès de ses condisciples. Personnage fascinant, habitué à être abusé sexuellement par les autres, il a appris à utiliser son charme pour obtenir ce qu'il veux. Cynique, il n'a qu'une conception perverse de l'amour, et le manga va nous relater la relation complexe qui va se nouer entre les deux jeunes garçons (entre Serge qui veut venir en aide à son camarade, et Gilbert qui n'a jamais imaginé qu'il pouvait vivre autrement – et le désire-il seulement ?)

Un anime sera tiré des premiers tomes du manga : Kaze to ki no uta ~ Sanctus, réalisé en 1987 par Yasuhiko Yoshikazu qui n'en est pas à sa première réalisation, ayant œuvré comme réalisateur sur Arion qui était tiré d'un de ses mangas. Il est aussi à l'origine du chara-design de Mobile Suit Gundam ou des illustrations des romans originaux de Dirty Pair.




[1]  Tokiwa-sô, célèbre appartement, d'Osamu Tezuka, qui a eu comme résident les disciples du maitre : Shôtarô Ishinomori (Cyborg 009), Fujio Fujiko (Doraemon) entre autre. Parallèle intéressant, Keiko Takemiya au début de sa carrière pro se retrouvera en collocation avec une Moto Hagio qui venait tout juste de monter sur la capitale pendant cette période. Les deux auteurs scelleront le début d’une grande amitié.

[2] La confusion des sexes n'est pas un sujet nouveau au Japon. Torikaebaya Monogatari, roman japonais du XIIème siècle, narre la vie à la Cour impériale d'un frère et d'une sœur de la noblesse, qui, ayant interverti leur sexe, est devenu pour le premier dame d'honneur de l'impératrice, et pour la seconde, Conseiller. Plus récemment, Ribbon no Kishi (Princesse Saphir) de Osamu Tezuka  débuté en 1953, visait déjà un public féminin et se pose comme le précurseur de Lady Oscar ou d'Utena.

[3] Avant toute réclamation, menace de mort, etc, l'aimable assistance est priée de se reporter au glossaire de l'excellent site Aestheticism. Merci.

[4] L'ironie étant que des deux, c'est Takemiya Keiko qui fut la première à s'interresser à l'homosexualité masculine, sujet qui s'intéressait pas Moto Hagio initialement. Toutefois, la vision du film Les amitiés particulières la fascina et c'est pour elle même qu'elle commença à dessiner un manga inspiré du film et qui deviendra plus tard Tôma no shinzô. Elle utilisera d'ailleurs les mêmes personnages dans son histoire 11-gatsu no Gymnasium publié en 1971, avant de publier, cette fois professionnellement, Tôma no shintô en 74.

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III - Entretien pour la nouvelle adaptation de Terra-E… (2007)


La dernière adaptation animée en date du manga Terra-E (地球へ) de Keiko Takemiya (竹宮惠子) s'est terminé en septembre dernier et signe du succès rencontré par la série de Aniplex, les DVD apparaissent encore régulièrement dans le top des DVD d'anime vendus dans l'archipel. Nous avons donc choisis de traduire cette interview de l'artiste à propos de sa carrière, interview publiée à l'origine sur le site About.com

About.com : Pour commencer, pourriez-vous nous raconter comment vous est venu l'envie de devenir artiste de manga ? Y-a-t-il eu des artistes ou des histoires en particulier qui vous ont fait réaliser que c'était ce que vous vouliez-faire ?

Keiko Takemiya : Quand j'étais au collège je dessinais déjà des manga - mais sans le dire à mes parents. Un "guide élémentaire à l'usage des artistes de manga" du grand pionnier Shôtarô Ishinomori m'a convaincue que le potentiel de ce médium était aussi grand que ce que je suspectais déjà.


About.com : Comment c'était d'être une femme mangaka quand vous avez commencé votre carrière professionnelle ? Y-a-t-il eu des défis particuliers que vous avez eu à relever ?

Keiko Takemiya : L'industrie comme les jeunes lectrices de manga étaient tout les deux plus conservateurs que ce à quoi je m'attendais. Dans la grande compétition pour être populaire, le simple fait de la nouveauté vous mettais en situation de désavantage. Afin de promouvoir mon travail et de toucher mon audience, j'ai dû étudier les styles des artistes plus populaires. Je pense que la méthode qui en a résulté, en terme de capacité à capturer la sensibilité et l'imagination de mes lecteurs, m'a plutôt bien servis jusqu'à aujourd'hui.

About.com : Vous avez fait parti d'un groupe de femmes artiste qui ont dramatiquement modifié la manière de faire du shôjo manga dans les années 70. De votre point du de vue, quel a été le plus grand changement a avoir touché l'industrie du manga suite à votre effort collectif ?

Keiko Takemiya : Mon objectif a été d'être un être humain d'abord, et une femme ensuite, et de faire comme si malgré tout la discrimination sexuelle n'existait pas. A une époque la société masculine considérait cette position comme insolente. J'avais du mal à gérer intérieurement ce problème. Je pense donc que c'est en m'exprimant via les mangas et en évitant la confrontation que j'ai pu envoyer un message et encourager le changement chez toute une génération de jeunes filles qui sont devenues maintenant des femmes adultes.

About.com : Parlons un peu de Terra-E... Qu'est-ce qui vous a inspiré à créer cette histoire ? Quelles ont été les réactions à sa publication ? Est-ce que ça a été un titre controversé ?

Keiko Takemiya : Avec les débuts de l'ère spatiale, beaucoup de films et de romans montrant la vie dans l'espace sont apparus, mais aucun ne se focalisait plus spécialement sur la Terre. Une nuit j'ai eu un rêve à propos d'un "Test de maturité", et l'histoire entière est sortie de là. Je voulais décrire l'horreur de certains tentatives clandestines entreprises par la société en matière d'éducation. Je m'identifiais à ce garçon, porteur solitaire d'une révolution. Les réactions ont été énormes, et la vague d'enthousiasme des fans a transformé ce que je voulais faire avancer lentement en un flot furieux. Je ne pense pas qu'il y ait eu de réaction négative.

Terra-E… (2007).
About.com Terra-E... a été récemment adapté en série TV animée. Est-ce que le studio chargé d'adapter l'histoire a changé quelque chose, ou bien est-ce que cette version suit fidèlement le manga ? Avez-vous eu votre mot à dire dans la manière dont l'adaptation a été faite ? Qu'avez-vous ressenti face au produit fini ?

Keiko Takemiya : Etant donné que le manga original est vieux de 30 ans, quand les producteurs sont venus me voir, je leur ai dit que tant qu'il y aurait encore un peu de passion pour l'original, n'importe quelle modification me conviendrait. Ne connaissant rien à l'industrie de l'anime, j'ai pensé qu'il était mieux de les laisser faire à leur guise. A l'origine ils avaient prévus de suivre  fidèlement le manga original, mais les réactions de fans ont conduit a faire quelques changements, subtiles et censés être plus proches de l'esprit de l'original tout en étant plus mesurés dans l'exécution. Ce qui a conduit les fans de la première heure (et moi) à se sentir anxieux pendant tout le long mais a aussi aidé à créer une nouvelle génération de fans plus jeunes. Une oeuvre vieille de 30 ans a été choisie pour faire une nouvelle apparition sur les écrans - pour son créateur, c'est une énorme source de joie. 

About.com Andromeda Stories avait suivis Terra-E... et l'histoire avait été écrite par un autre auteur (Ryu Mitsuse). Qu'est-ce qui vous avait décidé à vous lancer dans ce projet ?

Keiko Takemiya : Ryu Mitsuse était un auteur immensément populaire et un guide spirituel pour tout le domaine de la Science-Fiction à ce moment-là. Ça a été un de mes rêves de pouvoir adapter une de ses histoires en manga. L'élément philosophique, qui manquait au manga, était ce que j'étudiais en particulier dans ses travaux ainsi que ce que je voulait partager avec mes fans. Ceci dit, Andromeda Stories a été une commande. Donc je n'ai pas été en mesure de lire l'histoire en avance (tandis que je travaillais sur cette série), et ça a été dur.

About.com : Votre manga Kaze to Ki no uta est fréquemment mentionnée comme étant LA source qui a influencé la création de mangas de type Yaoi et Boy's Love, un genre qui est maintenant très populaire au Japon et en Amérique. Etant donné que ce fut l'une des premières histoires de type shounen-ai à apparaitre au Japon, qu'est-ce qui vous a inspiré à écrire cette histoire ? Est-ce que ça vous as surpris de voir à quel point ce titre est devenu populaire à sa sortie, et à quel point il continu à être respecté encore aujourd'hui ?

Keiko Takemiya : A l'époque la question de la sexualité était encore tabou pour les femmes, le seul moyen de parler de relations réalistes ou de transformations corporelles était via le "Boy's Love". Comme ce type de relations était inhabituelles, j'ai essayé de les dépeindre de façon à ce qu'elles soient les plus réaliste et le plus universelles possible. Je voulais que les jeunes lectrices fassent fi de cet obstacle du sexe. J'étais nerveuse lors de la première publication, mais les réactions positives ont largement dépassées les critiques et les objections. L'histoire lutte avec le problème basique de comment vivre sa vie, et donc j'ai été heureuse que des jeunes gens qui avaient des problèmes se tournent vers mon oeuvre. Ces jeunes lecteurs qui ont commencé à le lire pour son côté scandaleux mais qui, bien que choqués, sont arrivé au stade de la compréhension - ça mérite d'être porté à leur honneur. 

About.com : Qu'est-ce qui a changé entre les manga de type "Boy's Love" que vous avez créez et ce qui sort maintenant ? Que pensez-vous de la manière dont le genre a évolué depuis ?

Keiko Takemiya : Le "Boy's love" n'a jamais été mon seul et unique thème de travail, juste une possibilité dans la manière de raconter une histoire. Mon sujet de choix a plutôt été les "garçons" (au genre neutre, en tant qu'archétype). Bien que ça n'ait pas changé, je pense que je suis désormais en mesure de dépeindre les mêmes caractéristiques chez des jeunes filles ou des femmes. Alors, le yaoi était un genre encore mineur mais en pleine germination; je suis néanmoins surprise de voir quelle importance ça a pris. Ce fait nous renseigne sur la manière dont pensent réellement les femmes. Quelqu'un m'a dit une fois, et c'est resté gravé dans ma mémoire, que le yaoi est intéressant parce que vous pouvez adopter les deux rôles. Je pense aussi que la notion de rôle sexuel est en train de s'estomper chez les femmes. 

About.com : Avez-vous une histoire favorite parmi toutes celles que vous avez créé ? Quelle histoire ça serait, et pourquoi ?

Kaze to ki no uta - 
Le Poème du vent et des arbres
Keiko Takemiya : Watashi wo tsuki made tsuretette (Fly me to the moon) ! C'est une histoire d'amour campée dans un futur insouçiant. Un astronaute adulte et une très jeune fille (douée de pouvoirs psychiques et donc sage au-delà de ses années) deviennent amants en dépit de la différence d'age. La prémisse excentrique et l'hyper-optimisme en ont fait quelque chose de très facile à dessiner pour moi.

About.com : Travaillez-vous actuellement sur des nouvelles histoires ? Si c'est le cas, pouvez-vous nous parler un petit peu de vos futurs projets ?

Keiko Takemiya : En ce moment je suis en train d'organiser une nouvelle discipline, "La narration dans le manga", à l'université Seika de Kyoto, donc je suis hélas très éloignée du travail dans le dessin. Bien que ce que je sois en train de faire soit très différent du fait de dessiner, les deux activités partagent cette même qualité inhérente au fait de "construire" quelque chose. Je pense que ce que je suis en train de faire maintenant est créatif à sa manière, donc je pense persévérer dans cette voie encore quelque temps.

About.com : Il ya t'il un quelconque mangaka contemporain qui vous impressionne par son travail actuellement ? Si c'est le cas, qu'aimez-vous dans son travail ?

Keiko Takemiya : Je ne vois personne dont je pourrais dire que son travail me laisse le souffle coupé. Des nouvelles techniques narratives, un élargissement nuancé du domaine, oui, mais personne n'est vraiment apparu dont je puisse dire que le travail me laisse bouche bée. Le manga est devenu une industrie bien trop importante, ce qui veut peut-être dire que les artistes se retrouvent très tôt sous le regard du public et avant qu'ils aient réalisés leur maturité artistique.

About.com : Vous êtes maintenant professeur à l'université Seika de Kyoto, enseignant et présentant le résultat de vos recherches sur le sujet du manga. Comment et pourquoi avez-vous décider d'accomplir cette transition entre artiste de manga à plein temps et l'éducation ?

Keiko Takemiya : Au début quand je suis devenue artiste de manga j'ai pensé que la technique était quelque chose qui ne pouvait pas s'enseigner, mais je suis arrivé à un stade où j'aimerais la transmettre d'une manière ou d'une autre. A travers le fait d'enseigner j'aimerais arriver à construire une théorie. Au début je pensais que je pourrais aussi continuer à dessiner, mais ça c'est vite prouvé impossible - et j'ai maintenant encore plsu de responsabilités et de personnes à gérer avec la création d'un département universitaire sur les épaules. Mais j'aimerais trouver le temps et l'opportunité de dessiner à nouveau.

Kaze to ki no uta - 
Le Poème du vent et des arbres
About.com : Vous êtes en mesure d'enseigner et d'influencer de nombreux jeunes aspirants mangakas. Avec ce que vous savez maintenant, quel conseil leur donneriez-vous ?

Keiko Takemiya : "Dessiner" veut dire se mettre à nue. Vous devez vous identifier à votre travail. Si vous faites juste semblant, vos lecteurs s'en rendront compte dès le début. Alors que ce qui vous permet de dessiner en toute confiance, c'est justement que Votre travail = Vous. Je le dit à mes étudiants, si vous voulez dessiner du manga qui ne soit pas juste un produit industriel, ils doivent appliquer ce principe le plus tôt possible.

About.com : Pour finir, aimeriez-vous ajouter quelque chose à l'intention de vos fans ?

Keiko Takemiya : Un manga doit avoir quelque chose qui touche le coeur du lecteur. Ça ne peut pas réussir sans ça, et c'est justement ce qui passe de l'artiste au lecteur qui les rapproche de manière intime. Si mes lecteurs étrangers peuvent ressentir ça eux aussi, j'en serais très heureuse.



Souce de l'interview originale : About.com, intretien menée par Deb Aoki, via Vertical Manga.

Peu de travaux de Keiko Takemiya sont disponibles pour le lecteur étranger. Les mangas de Andromeda Stories et Terra-E… (sous le titre To Terra) sont disponibles en Américain chez l'éditeur Vertical. L'OAV tirée de Kaze to ki no tua  réalisée par Yoshikazu Yasuhiko (Mobile Suit Gundam, Arion) et dessinée par Sachiko Kamimura (City Hunter), est disponible en DVD chez l'éditeur Italien Yamato (sous le titre Poema del vento e degli alberi). Les droits de la série TV de Terra e... ont été achetés aux États-Unis par Bandai Entertainment.


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IV - Retour sur Terre ... 






















Andromeda Stories
La carrière de la mangaka fut d'une grande richesse et l'amena à explorer tous les thèmes récurrents du shôjo manga.C'est en 1975 qu'elle aborde une première fois le genre historique avec Pharaoh no haka (La tombe du Pharaon) qui totalisera 8 volumes. L'année suivante, elle collabore comme dessinatrice avec Ryu Mitsuse (scénariste) sur sa première œuvre SF avec Andromeda Stories, qui fera au total trois volumes. La mangaka persistera dans la science-fiction avec Terra-E … (vers la Terre …) en janvier 1977 dans le comic shônen, jusqu’en 1980. Le manga est adapté en drama pour la radio sur NHK FM en 1979, et la même année, l’auteur reçoit même la neuvième récompense des Seiun Award (Nebula Award), un prix qui récompense les œuvres de Science-Fiction.

Terra-E raconte l’histoire de personnes ayant des pouvoirs mentaux, les ESP, partis de notre planète bleu. Ils ne désirent qu’une seule chose : retourner sur la terre. Terra-E … sera ultérieurement adapté en film d'animation (le 26 Avril 1980), produit par les prestigieux studios de Tôei Animation.

On retrouvera dans le staff Masami Suda (Hokuto no ken) comme Character-designer et Kazuo Komatsubara (UFO Grendizer, Getter Robo) en animateur clés. La même année, la mangaka remporte  le Shôgakukan Award pour Kaze to ki no tua, et collabore avec son amie Moto Hagio pour publier Astro twin. Le 20 Mars 1981, Natsu e no tobira l'adaptation de son manga du même nom, sort au cinéma. Produit part Tôei Animation, l’animation a été confié à Madhouse, et on retrouve Yoshiaki Kawajiri au design.

Affiche du long-métrage de Terra-E…
En 1982, elle s'aventure dans la fantasy avec une autre de ses œuvres les plus connues, Izaron Densetsu (la légende Izaron) qui durera jusqu’en 1987 et qui totalisera 12 volumes. L’histoire conte le voyage d’un prince à la recherche de l’ancien royaume d’Izarion. La mangaka participera aussi cette année comme spéciale character design (Date wear) sur le film de Crusher Joe sortie le 12 Mars 1982 et réalisé par ... Yoshikazu Yashuhiko, une œuvre adapté du roman de Haruka Takachiho, auteur de Dirty pair.

La même année, son manga Andromeda stories se voit adapté en téléfilm et sera diffusé le 22 Août 1982, sur Nippon Tv. Il est réalisé par Masamitsu Sasaki qui avait participé à Waga Seishun no Arcadia - Mugen kidô SSX (Albator 84 - L'Arcadia de ma jeunesse),  les musique sont composées par Yuji Ono (Shin Lupin III, Captain Futur - Capitaine Flam). L'adaptation est bonne qualité, malgré une coloration assez vive qui cache les carences de l'animation. Saga épique, elle met en scène le conflit contre les machines qui vont embraser et finalement détruire une civilisation humaine située sur une lointaine planète, et un vaste panorama de personnages. Seul subsistera un couple de jeunes gens qui, fuyant à travers l'espace, et finiront par arriver sur Terre pour y apporter la vie. Empruntant à des genres aussi divers que le space-opera, la fantasy, le fantastique et le pulp, on y voit des paysages fantastiques parcourus par des troupeaux de dinosaures, des personnages aux costumes originaux et travaillés, tandis que les armées s'affrontent à l'arme blanche et au blaster. Sans être un chef-d'œuvre, Andromeda Stories reste un des nombreux classiques de la S-F à la sauce shôjo.

Tenma no ketsuzoku -
la famille du sang de pégase
En 1986, sort l’album de Izaron densetsu (la légende Izaron), on pourra d’ailleurs entendre Kazuko Kawashima qui faisait la voix mélodieuse dans certains thèmes musicaux de Saint Seiya.  1er Novembre 1986 sort l’oav, Tobira no ake, animé par le studio Magic Bus. Kaze to ki no tua en OAV en 1987, par Shôgakukan, Herald et Konami, le staff sera prestigieux on retrouvera au story-board Yoshikazu Yasuhiko, au character-design Sachiko Kamimura (City Hunter), on retrouvera même Toshihiro Kawamoto (Cowboy Bebop). Keiko Takemiya participera également à la production.  Au cours de l’année 1988, Kadokawa Shoten lui consacre une collection regroupant 44 volumes regroupant ses œuvres. La mangaka en profite pour publier Watashi wo tsuki made tsuretette ! (Fly me to the moon), un genre nouveau pour l'auteur car il s'agit d'une oeuvre  ayant un ton comique.

En 1992 la publication de sa dernière grande saga commence : Tenma no ketsuzoku (la famille du sang de pégase), pré-publié dans l’Asuka Magazine jusqu’en 2000, avec 23 volumes au final pour un retour au manga historique avec cette saga épique de la vie d'une princesse d'une tribut des steppes d'Asie.  

Depuis l’an 2000, Keiko Takemiya enseigne le manga à l’université de Kyoto Seika University, mais son oeuvre continue encore à avoir une place prépondérante dans la culture populaire nippone. En Avril 2007, Terra-E se voit de nouveau adapté en anime pour célébrer le 30éme anniversaire de l’œuvre, cette fois par le studio Tôkyô Kids et réalisé par Osamu Yamazaki (Mushishi) avec au character-design Nobuteru Yûki (Vision of Escaflowne, Heatguy J).

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V - Le style de Keiko Takemiya :


Le style graphique de l'auteur a évolué tout au long de sa carrière. Si ses premières œuvres dénotent une influence venant du grand maitre Osamu Tezuka dans le design de ses personnages, ce n'était pas vraiment une exception non plus pour cette époque - Riyoko Ikeda (Versailles no bara - Lady Oscar..) elle même était dans le même cas. Assez vite toutefois vont apparaître chez elle comme chez les autres auteurs de sa génération, les particularités qui vont devenir partie intégrante du shôjo manga, et en premier lieu l'explosion de la page.

Déconstruction de la page  : les limites explosent

Avant les années 70, le format de la page dans le manga restait classique, découpée en cases pour suivre le flot de l'action. La méthode convenait totalement aux shônen mangas, justement axés sur des intrigues qui seront développées séquentiellement. L'innovation des nouvelles shôjo mangakas est de transformer chaque page en peinture à part entière, ce qui contribue mieux à l'atmosphère de l'œuvre. Deux mécanismes vont s'imposer : des dessins plus gros, plus détaillés, proche de l'illustration, mais plus complexe à intégrer dans une page "classique" de manga à moins de, (seconde innovation), casser la mise en page ! La page devient subjective, vecteur des sentiments exprimés par l'histoire. Les personnages  sont mieux mis en valeur et leur représentation graphique déborde des cases, des vignettes plus petites vont se mettre à flotter sur des illustrations couvrant tout le fond de la page et décorés de motifs décoratifs et souvent floraux, le style des vêtements et des décors colle beaucoup plus à la mode... C'est l'invention du shôjo manga tel qu'on le lit encore aujourd'hui.

Pathos et angoisse adolescente.

Une des  premières histoires où Takemiya Keiko commence à développer ces nouvelles techniques narratives est Sora ga Suki!, qui reste une des œuvres principales de ses jeunes années. Publiée dans le magazine "Weekly Shôjo Comic" à partir de 1971, c'est avec cette histoire que l'auteur a commencé à s'éloigner du format classique du shôjo manga d'alors. Elle va s'inspirer des comédies musicales (dont "Les Demoiselles de Rochefort" ou "Les Parapluies de Cherbourg"), et utiliser des techniques alors inédites : recours à des expressions poétiques en dehors des dialogues des personnages, scènes de danse et de chant, personnages et paysages occidentaux, et un héros atypique - un jeune vagabond un peu roublard et adorant la vie. 

Les premières réactions ne sont pas positives et le titre est annulé. Temporairement du moins, car très vite les éditeurs reçoivent un courrier abondant réclamant la continuation de la série. Laquelle reprends l'année suivante en 1972 (c'est la seconde partie de ce manga, divisé en deux par la coupure).
 


Les dernières oeuvres de Keiko Takemiya (Tenma no Ketsuzoku) ont d'ailleurs un trait shôjo classique, pas follement original – ce qui est logique pour une auteur populaire, réputée comme étant une des plus accessibles de celles du groupe de l'année 24. On retrouve les personnages caractéristiques, aux traits fins, filiformes et androgynes, sans oublier ses illustrations au pastel ou à l'aquarelle.

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VI - Ses oeuvres :


Ringo no tsumi - 1965 - One-shot - Editeur : Shûeisha / Margaret comics
- Kagikko no Shûdan - 1968 - 
- Koko no Tsuno Yujo - 1971 - Editeur : Shôgakukan 
- Sora ga suki - 1971-1972 - Editeur : Shoueisha.
- Pharaoh no haka - 1975-1976 - 8 volumes - Editeur : Shôgakukan
- Glass no meiro - 1976 - One-shot - Editeur : Shôgakukan
- Natsu e no tobira - 1976 - One-shot - Editeur : Hakushensha
Rondò Cappriciossio - 1976-1977 - 2 volumes - Editeur : Asahi Sonorama 
- Andromedia Stories - 1976 - 3 volumes - Editeur : Asahi Sonorama
Silverter no hoshi kara - 1976 - One shot - Editeur : Asahi Sonorama
- Kaze to ki no uta - 1977-1984 - 17 Volumes - Editeur : Shôgagukan / Flower Comic
- Hensokyoku - 1980 - 3 volume - Editeur : Asahi Sonorama : une des premières histoires à se dérouler dans l'univers de la chanson, avant Zetsuai ou Gravitation.  
- Terra-E ... - 1980 - 5 volume - Editeur : Asahi Sonorama : Une série populaire de SF pour garçons, adaptée en animation [le premier film].  Convoitise et jalousie vont mener à des conflits entre une élite humaine et des mutants dotés de pouvoirs Psy qui veulent restaurer une Terre ravagée.
- Astro twin - 1980
- Izaron Densetsu - 1982-1987 - 12 volumes - Editeur : Shôgagukan / Flower comic
- Flye me to the moon - 1983
- 5:00 Revolution - 1987-1988 - 5 volumes - Editeur : Kadokawa Shoten / Asuka Comic
- Watashi wo tsuki made tsuretette ! (Fly me to the moon) - 1988-1989 - 6 volumes - Editeur : Kadokawa shoten
- Spanish Harem - 1989-1990 - 6 volumes - Editeur : Kadokawa shoten
- Tenma no ketsuzoku - 1992-2000 - 24 volumes - Editeur : Kadokawa shoten
- Kurenai nio - 1994-1995 - 3 volumes - Editeur : Shôgagukan
- Hermes no michi - 1997 - 1 volume - Editeur : Chuokoron-sha
- Heian joruri monogatari - 1999 - 1 volume - Editeur : Shôgagukan / Flower Comic : Une série historique à propos de la tragique et obsessive loyauté d'un vassal, plutôt laid, pour son beau maitre samourai qui est aussi le fils d'un général. Avec pleins de très beaux costumes historiques.



Liens :
- Les androgynes japonais sur Cyna, une lecture obligatoire.
- Entrée Takemiya Keiko sur The Ultimate Manga Guide.
- Entrée Takemiya Keiko dans Wikipedia. 
- Site de fan de Kaze to Ki no Uta.
- Site officiel de Takemiya Keiko 
Merci à la base de données de Manga Bonbons. 

Mangas :
Les titres de Takemiya Keiko restent inédits  encore maintenant en Version Française (tout comme la grande majorité des travaux de ses consoeurs). Saluons toutefois le travail, en anglais, de l'éditeur US Vertical, lequel a décidé de sortir Terra-E… en début d'année et devrait poursuivre avec Andromeda Stories.

Toutes les images de cet article sont © Takemiya Keiko.